ISFB Insight
Planification patrimoniale: plusieurs règles évoluent en parallèle
19 août 2026
AVS 21, 13e rente, rachats du pilier 3a, suppression de la valeur locative, imposition individuelle : plusieurs évolutions vont modifier les décisions patrimoniales des clients ces prochaines années. Albert Gallegos, Directeur de programme du Certificat ISFB Planification patrimoniale, fait le point sur leurs conséquences pour les professionnels du conseil et sur les compétences désormais attendues. La prochaine session du Certificat ISFB débute le 18 septembre 2026 : dix journées pour développer une vision transversale de la fiscalité, de la prévoyance, de l’immobilier, des successions, des investissements et de la transmission d’entreprise. Entretien.
Albert Gallegos, depuis notre dernier entretien en 2024, qu’est-ce qui a le plus évolué dans le domaine de la planification patrimoniale en Suisse?
Je dirais que ce qui a le plus évolué, ce n’est pas un domaine particulier, mais la vitesse des changements et leur interdépendance.
La planification patrimoniale a toujours nécessité de croiser plusieurs disciplines: fiscalité, prévoyance, immobilier, placements, droit matrimonial et successoral. Mais les évolutions récentes renforcent encore cette nécessité.
Prenons quelques exemples. La réforme AVS 21 est désormais pleinement entrée dans la pratique, avec notamment le relèvement progressif de l’âge de référence des femmes et davantage de flexibilité dans le passage à la retraite. La 13e rente AVS sera versée pour la première fois en décembre 2026. Depuis cette année, les premiers rachats dans le pilier 3a peuvent être effectués pour combler des lacunes de cotisation remontant à 2025.
En fiscalité, deux changements majeurs sont désormais acquis : l’imposition individuelle a été acceptée en votation le 8 mars 2026 et devra entrer en vigueur au plus tard en 2032 ; parallèlement, la suppression de la valeur locative entrera en vigueur le 1er janvier 2029, avec des conséquences importantes notamment sur la déductibilité des intérêts passifs et des frais d’entretien.
Le métier consiste donc de moins en moins à connaître chaque sujet isolément et de plus en plus à comprendre les interactions entre les décisions. Une décision immobilière peut avoir une conséquence fiscale, successorale et de prévoyance. C’est précisément cette capacité de mise en perspective qui fait, à mon sens, la valeur de la planification patrimoniale.
Les attentes des clients ont-elles vraiment changé? Que demandent-ils aujourd’hui à leur conseiller qu’ils demandaient moins il y a quelques années ?
Oui. Le client dispose aujourd’hui de beaucoup plus d’informations qu’auparavant. Il peut trouver en quelques secondes le montant maximal du pilier 3a, les règles générales de l’AVS ou des informations fiscales.
Mais avoir accès à l’information ne signifie pas savoir prendre la bonne décision.
Les questions deviennent davantage transversales : dois-je prendre ma caisse de pension sous forme de rente ou de capital ? Dois-je amortir mon hypothèque avant la suppression de la valeur locative ? Puis-je prendre ma retraite plus tôt ? Comment protéger mon conjoint ? Comment organiser la transmission de mon entreprise ? Quelles seront les conséquences fiscales et successorales de mes décisions ?
Le client attend donc moins une succession de réponses techniques qu’une vision d’ensemble et une capacité à hiérarchiser les décisions.
C’est d’ailleurs ce que relevait déjà le témoignage d’une participante au Certificat ISFB : la formation lui avait permis d’acquérir une vision plus globale et structurée et de mieux identifier les besoins latents de ses clients.
Je résumerais cette évolution ainsi : le conseiller de demain ne sera pas celui qui sait tout, mais celui qui sait poser les bonnes questions, relier les informations pertinentes et mobiliser les bons spécialistes au bon moment.
Fiscalité, prévoyance, succession, immobilier : quelles évolutions légales ou réglementaires doivent aujourd’hui particulièrement retenir l’attention des professionnels ?
Elles sont nombreuses, mais j’en retiendrais cinq particulièrement significatives.
Premièrement, AVS 21 et la flexibilisation de la retraite. La transition vers l’âge de référence de 65 ans pour les femmes se poursuit et les possibilités de retraite anticipée, différée ou partielle nécessitent désormais davantage de scénarios dans la préparation de la retraite.
Deuxièmement, la 13e rente AVS, versée pour la première fois en décembre 2026, qui modifie certains calculs de revenus à la retraite.
Troisièmement, les rachats du pilier 3a. Depuis 2026, il est possible, sous certaines conditions, de rattraper une lacune née à partir de 2025. Cela crée un nouvel outil de planification de la prévoyance et de la fiscalité qu’il faut savoir utiliser à bon escient.
Quatrièmement, la fiscalité immobilière. La suppression de la valeur locative au 1er janvier 2029 modifiera profondément les arbitrages concernant l’endettement hypothécaire, l’amortissement, les travaux d’entretien et certains investissements énergétiques.
Enfin, l’imposition individuelle, acceptée en mars 2026, modifiera à terme la fiscalité des couples mariés et obligera à repenser certains raisonnements patrimoniaux fondés aujourd’hui sur l’imposition commune. Sa mise en œuvre interviendra au plus tard en 2032 et nécessitera également des adaptations cantonales.
Nous devons également suivre ce qui est encore en devenir. La réforme AVS 2030 est actuellement en consultation et envisage notamment de nouvelles mesures destinées à favoriser la poursuite de l’activité professionnelle. À ce stade, il s’agit encore d’un projet et non du droit en vigueur.
Tout cela illustre un principe essentiel: en planification patrimoniale, une connaissance qui n’est pas régulièrement actualisée peut rapidement devenir une mauvaise recommandation.
Dès lors comment avez-vous fait évoluer le contenu du Certificat ISFB Planification patrimoniale pour tenir compte de ces changements ?
Nous avons conservé ce qui constituait déjà la philosophie du programme lors de notre entretien de 2024 : une approche globale, interdisciplinaire et très pratique.
Mais cette approche prend encore davantage de sens aujourd’hui. Le programme couvre la fiscalité des personnes physiques, les assurances sociales, l’optimisation du deuxième pilier, les aspects matrimoniaux et successoraux, l’immobilier, les investissements, ainsi que la création et la transmission d’entreprise. Il se termine surtout par un cas pratique d’intégration, qui oblige le participant à récolter les informations, analyser une situation et élaborer des solutions cohérentes.
C’est essentiel, car dans la vraie vie un client ne vient jamais nous voir avec une problématique intitulée « module fiscalité » ou « module prévoyance ». Il vient avec une situation : « J’ai 58 ans, une entreprise, un bien immobilier, une caisse de pension, deux enfants et je souhaite lever le pied dans quelques années. Que dois-je faire ? »
Le rôle du professionnel consiste alors à assembler le puzzle.
Notre ambition n’est donc pas simplement de transmettre davantage d’informations. Elle est de développer une méthode de raisonnement patrimonial : comprendre une situation, identifier les enjeux, établir des priorités, mesurer les conséquences et proposer une stratégie cohérente.
À quels professionnels recommanderiez vous aujourd’hui cette formation, et pour quelles raisons ?
En priorité aux professionnels de la banque et de la finance en contact avec une clientèle résidente suisse : conseillers clientèle, relationship managers, private bankers, conseillers PME, spécialistes en prévoyance ou professionnels qui souhaitent élargir leur champ de compétences. C’est d’ailleurs le public cible défini actuellement par l’ISFB.
Je la recommande particulièrement à ceux qui se rendent compte qu’ils rencontrent quotidiennement des problématiques qui dépassent leur domaine initial de spécialisation.
Il ne s’agit pas de transformer chaque participant en fiscaliste, avocat, spécialiste LPP, expert immobilier et conseiller en investissements simultanément. Ce serait irréaliste.
L’objectif est beaucoup plus pertinent : savoir identifier les problématiques, poser les bonnes questions, comprendre les principales interactions et savoir quand faire intervenir un spécialiste.
C’est ce qui permet de passer d’une relation essentiellement transactionnelle à une relation de conseil à long terme.
Lorsque vous regardez les prochaines années, quelles évolutions vont selon vous modifier le plus fortement le métier de la planification patrimoniale ?
J’en vois principalement quatre. La première est démographique. Une partie importante de la génération du baby-boom arrive à la retraite, ce qui multipliera les décisions concernant la prévoyance, le patrimoine immobilier, les successions et les transmissions d’entreprise. Le Conseil fédéral lui-même identifie cette évolution démographique comme l’un des enjeux majeurs de la réforme AVS 2030.
La deuxième est réglementaire et fiscale. Les réformes vont continuer et le professionnel devra maintenir ses connaissances à jour.
La troisième est technologique. L’intelligence artificielle rendra l’accès à l’information et certains calculs beaucoup plus rapides. Je ne pense pas que cela réduira l’importance du conseiller patrimonial; cela modifiera plutôt la nature de sa valeur ajoutée. Les tâches de recherche et de traitement de l’information pourront être davantage automatisées, tandis que le jugement, la compréhension de la situation familiale, les arbitrages et l’accompagnement des décisions deviendront encore plus importants.
Enfin, la quatrième évolution sera probablement humaine. Derrière chaque patrimoine se trouvent des projets, une famille, des valeurs, parfois des inquiétudes et des choix de vie. La technique est indispensable, mais elle reste un moyen. La finalité de la planification patrimoniale est d’aider une personne à prendre de meilleures décisions pour réaliser ses projets de vie.
Avec l’intelligence artificielle et l’accès immédiat à l’information, pourquoi faut-il encore investir dans la formation des conseillers ?
Justement parce que l’information devient abondante. Lorsque l’information était rare, la valeur du professionnel résidait en partie dans sa capacité à la détenir. Lorsque l’information devient accessible à tous, la valeur se déplace vers la capacité à la sélectionner, la comprendre, la mettre en perspective et la transformer en décision.
L’intelligence artificielle peut expliquer une règle fiscale ou effectuer une simulation. Mais une planification patrimoniale implique également de comprendre les priorités d’une personne, les conséquences d’une décision sur plusieurs dimensions et parfois d’arbitrer entre plusieurs solutions qui sont juridiquement possibles mais humainement très différentes.
La formation devient donc, paradoxalement, encore plus importante : elle permet d’acquérir le cadre intellectuel nécessaire pour utiliser correctement les nouveaux outils.
Quelle compétence souhaitez-vous surtout que les participants aient acquise lorsqu’ils terminent le Certificat ?
J’aimerais qu’ils aient développé un réflexe très simple : avant de proposer une solution, comprendre l’ensemble de la situation.
À la fin du programme, un participant devrait être capable de regarder une situation patrimoniale et de se demander : quels sont les objectifs du client ? Quels sont les risques ? Quelles informations me manquent ? Quelles sont les conséquences fiscales, financières, successorales et de prévoyance ? Et quels spécialistes dois-je éventuellement associer à la réflexion ?
C’est cette capacité de diagnostic qui permet ensuite de donner un conseil réellement pertinent.
Pourquoi suivre cette formation maintenant?
Parce que nous sommes précisément dans une période où plusieurs règles importantes évoluent simultanément.
Mais au-delà de l’actualité réglementaire, il existe une raison plus fondamentale : les décisions patrimoniales importantes se préparent rarement au dernier moment.
Une retraite, une transmission d’entreprise, une succession ou l’organisation d’un patrimoine immobilier se construisent souvent plusieurs années à l’avance.
Il en va de même pour les compétences professionnelles. Le meilleur moment pour développer une vision patrimoniale globale n’est pas lorsque le client pose une question complexe à laquelle nous ne savons pas répondre. C’est avant.
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Albert Gallegos
Directeur de programme ISFB
La planification patrimoniale ne consiste pas à prédire l’avenir, mais à s’y préparer. Plus notre environnement devient complexe, plus le client a besoin d’un professionnel capable de lui donner une vision claire, structurée et globale de ses choix. C’est précisément l’ambition du Certificat ISFB Planification patrimoniale.
Albert Gallegos


