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La maitrise technique et la force de la relation: entretien avec Xavier Bonna, Managing Partner du Groupe Lombard Odier
20 avril 2026
Vingt ans de carrière et une progression menée avec constance dessinent le parcours d’un dirigeant construit sur des bases solides, avec méthode, exigence et vision. Chez Xavier Bonna, une conviction est restée intacte: la crédibilité repose d’abord sur la maîtrise technique, avant que la relation humaine ne vienne donner à l’expertise toute sa portée.
Aujourd’hui Managing Partner du Groupe Lombard Odier, il porte un regard lucide sur l’évolution des compétences bancaires et sur la manière dont la technologie transforme les métiers de la gestion de fortune. Au fil de l’entretien, une idée demeure centrale : si les outils évoluent, la qualité de la relation humaine reste au cœur du métier.
Propos recueillis par Mathias Baitan, le 2 avril 2026 (Bellevue)
Mathias Baitan : Xavier Bonna, vous êtes Managing Partner au sein de Lombard Odier Group depuis le 1er janvier 2025. Si l’on revient au début de votre parcours, quelles en ont été les étapes fondatrices ?
Xavier Bonna: J’ai commencé ma carrière dans les marchés financiers il y vingt ans maintenant, comme analyste en gestion alternative. Les marchés financiers restent les fondations du métier de banquier. Ils apportent la discipline, la rigueur et une forme de structure mentale qui servent ensuite dans toutes les dimensions du métier. A mes yeux, c’est un bagage indispensable.
J’ai ensuite évolué vers la gestion de portefeuille. Cette étape m’a permis d’élargir ma vision: adopter une approche plus holistique, comprendre les mécanismes, la manière dont une entreprise crée de la valeur, la logique d’ensemble d’une institution. Avant d’aller vers le client, il faut avoir compris tout cela en profondeur.
Vous avez ensuite vécu une expérience importante à Bruxelles où vous avez dirigé la succursale belge du groupe. Qu’a-t-elle changé dans votre parcours?
Mon passage à Bruxelles, entre 2016 et 2020, a été extrêmement formateur. Quand on travaille dans un bureau « satellite », on touche à tout : la gestion de la clientèle bien sûr, mais aussi les opérations, le légal, ou encore la relation avec l’écosystème local ou les médias. On sort d’une logique de spécialisation pour entrer dans une compréhension beaucoup plus large de l’activité.
C’est une expérience qui responsabilise énormément, parce qu’on mesure très directement l’impact de ses décisions. On comprend mieux comment fonctionne une structure dans sa globalité.
C’est également à ce moment-là que j’ai commencé à évoluer plus clairement vers la relation clientèle. Au fond de moi, j’ai toujours voulu devenir un banquier acquisiteur. Mais cela suppose une vraie maturité qui s’acquiert avec le temps : il faut avoir suffisamment d’expérience pour dialoguer avec des entrepreneurs ou des familles qui ont déjà un parcours très abouti.
Justement, qu’est-ce que le métier d’acquisition exige, selon vous, au-delà de la technique?
Il faut savoir rester engagé dans la durée. C’est en ce sens assez proche du sport: la performance ne se joue pas sur un moment isolé, mais sur la capacité à garder le cap, à rester concentré, à apprendre, et à avancer au quotidien avec la même exigence.
Il y a naturellement des paramètres, des chiffres et des modèles ; des outils indispensables pour poser un cadre solide. Mais ce qui fait la singularité de notre métier, c’est la relation humaine. Une relation qui se construit dans le temps long, sur plusieurs générations. C’est cette continuité qui rend la profession à la fois exigeante et passionnante. La confiance ne se décrète pas: elle se construit avec le temps, par la constance, la qualité d’écoute et une présence réelle.
La technologie et l’intelligence artificielle transforment fortement le secteur. Comment regardez-vous cette évolution?
Avec beaucoup de sérénité. Chez Lombard Odier, nous avons toujours intégré la technologie. Nous cherchons d’ailleurs à en faire une alliée, pas une adversaire.
L’intelligence artificielle va évidemment faire évoluer certaines activités. Certaines tâches vont se transformer, d’autres disparaître, et de nouveaux rôles vont émerger. Mais je ne vois pas cela comme une remise en cause du métier de banquier, au contraire : je pense que cela renforcera encore davantage sa valeur, précisément dans tout ce qui relève de la relation, du discernement et de la capacité à créer de la confiance.
La technologie va nous permettre d’être plus précis, plus rapides, plus efficaces. Mais ce qui fera la différence restera la capacité à interpréter, à contextualiser et à accompagner.
Le rapport au temps et à la réactivité a-t-il changé ces dernières années?
Très clairement. L’information circule beaucoup plus vite. La réactivité est devenue une exigence forte. Cette évolution est particulièrement visible dans la relation avec les nouvelles générations de clients. Elles attendent des réponses plus immédiates, ont accès à énormément d’informations, et disposent parfois d’un quasi mini family office virtuel dans leur poche.
Cela nous oblige à être prêts plus rapidement. La valeur ne se situe pas uniquement dans l’information elle-même, mais dans la manière de la sélectionner, de l’interpréter, de la contextualiser et de la rendre réellement exploitable.
Votre style de management semble très ancré dans le terrain. Comment le définiriez-vous?
Je dirais que mon management est plutôt horizontal. J’écoute beaucoup, et j’attends des équipes qu’elles soient entrepreneuriales, qu’elles portent des projets, qu’elles prennent des initiatives. Mon rôle est d’être là pour les accompagner, pour créer les conditions qui leur permettent d’avancer.
Le fait de devenir associé pourrait parfois créer une sorte de distance symbolique. J’essaie de la lisser, en allant vers les équipes, en gardant le contact direct. Cette proximité est précieuse, pour elles comme pour moi.
La gouvernance collégiale de Lombard Odier joue-t-elle un rôle particulier dans l’exercice de vos responsabilités?
Oui, très clairement. Nous avons une chance unique : nous ne connaissons pas la solitude du dirigeant. Nous sommes six associés, tous dans le même bateau.
Cette gouvernance collégiale permet un vrai échange, une confrontation saine de points de vue, et une forme de complémentarité dans l’exercice des responsabilités. Les rôles évoluent aussi en fonction des compétences, des besoins et du cycle naturel de l’évolution de notre gouvernance.
En tant que Managing Partner, vous supervisez également la fonction RH du Groupe. Quels sont aujourd’hui, selon vous, les grands enjeux en matière de compétences?
Au niveau RH, le défi principal est d’accompagner les collaborateurs vers une nouvelle ère, où l’intelligence artificielle deviendra certainement un véritable partenaire de travail.
Un certain nombre de métiers de notre industrie vont évoluer. La technologie nous permettra de gagner en efficience, non pas dans une logique de substitution mais plutôt de complémentarité.
Nous avons aussi un enjeu fort autour des compétences en matière de gestion des données. Il nous faut des analystes capables d’interpréter les données, de leur donner du sens. Or ces profils ne pensent pas spontanément à la banque, ils préfèrent parfois évoluer au sein de l’industrie technologique. C’est donc à nous de les attirer, de montrer que notre secteur peut leur offrir un terrain intellectuellement stimulant.
Et puis il y a le rôle du banquier lui-même, qui devient toujours plus complexe: réglementation, fiscalité, planification patrimoniale, compréhension des structures familiales. Le métier évolue vite, la technologie transforme aussi nos pratiques dans les fonctions de front. Les attentes des clients changent également, mais la relation de confiance reste le cœur du métier. C’est elle qui relie tout le reste. La technique est indispensable, toute comme l’organisation, la rapidité, les outils, tout cela compte bien entendu. Mais, à la fin, le cœur de notre métier réside dans l’accompagnement, la transmission et la relation humaine. C’est sans doute cela, au fond, qui lui donne toute sa profondeur.
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Xavier Bonna
Managing Partner du Groupe Lombard Odier
Biographie
- Master de L’IHEID – Institut des hautes études internationales et du développement
- Managing Partner chez Lombard Odier Group depuis le 1er janvier 2025
- Auparavant Senior Private Banker, Head of Belgium Francophone Market et Head of Portfolio Management chez Lombard Odier
- Parcours initial chez Merill Lynch puis Edmond de Rotschild
« Ce qui fait la singularité de notre métier, c’est la relation humaine . »

